Trek de l'Everest au Népal

Les Sherpas : qui sont-ils vraiment ? Peuple du Khumbu, guides et porteurs

Les Sherpas sont un peuple du Népal, pas un métier. Venus du Tibet il y a 500 ans, ils vivent surtout dans le Khumbu, la région de l’Everest, et parlent une langue proche du tibétain. Ils sont 130 000 à 150 000 environ. Le mot « sherpa » sert aujourd’hui à désigner tous les porteurs d’altitude, mais la plupart des porteurs népalais ne sont pas sherpas.

Sherpa : la définition

En tibétain, « shar » veut dire « est » et « pa » veut dire « peuple ». Les Sherpas sont donc « le peuple de l’est ». Leurs ancêtres vivaient au Kham, dans l’est du Tibet. Ils ont quitté cette région au XVe et au XVIe siècle, ont franchi les hauts cols de l’Himalaya, dont le Nangpa La à 5 700 m, et se sont installés sur le versant sud, au Népal.

Un Sherpa s’écrit avec une majuscule quand on parle du peuple. Avec une minuscule, « sherpa » est devenu un nom commun pour dire « porteur » ou « guide de haute montagne ». C’est ce glissement de sens qui crée la confusion.

Où vivent les Sherpas ?

Leur territoire historique est le Solukhumbu, dans le nord-est du Népal. Il se divise en deux zones. Le Khumbu, en haut, entre 3 000 et 5 000 m, avec les villages de Namche Bazar, Khumjung, Pangboche et Thame. Le Solu, plus bas, plus vert, autour de Junbesi et Phaplu. Beaucoup de Sherpas vivent aussi dans le Rolwaling, dans l’Helambu au nord de Katmandou, et dans la capitale elle-même.

Le trek du camp de base de l’Everest traverse le cœur du pays sherpa. Le Pikey Peak, dans le Solu, montre la version basse et plus paisible de la même culture, loin des foules.

Langue, religion et monastères

Les Sherpas parlent le sherpa, une langue de la famille tibéto-birmane, proche du tibétain. Elle n’a pas d’écriture propre : on utilise l’alphabet tibétain ou le devanagari. Presque tous parlent aussi le népali, et les guides parlent anglais.

Leur religion est le bouddhisme tibétain, école Nyingma. On le voit partout sur le sentier : drapeaux à prières, murs de pierres gravées (les « mani »), stupas qu’on contourne toujours par la gauche. Le monastère de Tengboche, à 3 867 m, est le plus connu du Khumbu. Il a été fondé en 1916, détruit par un séisme en 1934 puis par un incendie en 1989, et reconstruit à chaque fois. Le festival de Mani Rimdu s’y tient chaque automne, avec des danses masquées.

Pourquoi « sherpa » veut dire « porteur » ?

Les premières expéditions britanniques sur l’Everest, dans les années 1920, recrutaient leurs porteurs d’altitude à Darjeeling, en Inde, où vivait une grosse communauté sherpa. Ces hommes résistaient bien à l’altitude et connaissaient la montagne. Le nom du peuple est devenu le nom du métier.

Le 29 mai 1953, Tenzing Norgay, un Sherpa, atteint le sommet de l’Everest avec Edmund Hillary. C’est la première ascension. Depuis, les records se succèdent. Kami Rita Sherpa a gravi l’Everest pour la 31e fois le 27 mai 2025, à 55 ans. Personne n’a fait mieux. Sur les expéditions actuelles, ce sont les Sherpas qui posent les cordes fixes, installent les échelles dans la cascade de glace du Khumbu et portent l’oxygène des clients.

Tous les porteurs ne sont pas sherpas

Sur un trek classique, l’équipe qui vous accompagne vient de tout le Népal. Les porteurs sont souvent Rai ou Tamang, parfois Gurung ou Magar, des peuples des collines du centre et de l’est du pays. Dans les Annapurnas, beaucoup sont Gurung ou Magar. Dans le Langtang, ce sont surtout des Tamang. Appeler tout le monde « sherpa » est une erreur, et pour un porteur rai, c’est un peu comme appeler un Breton « Alsacien ».

Il faut aussi distinguer trois métiers :

  • Le porteur : il porte les sacs des clients d’un lodge à l’autre. Il ne marche pas avec vous et n’a pas de formation obligatoire.
  • Le guide de trek : il a une licence délivrée par l’État népalais. Il marche avec vous, choisit les étapes, surveille les signes du mal des montagnes et gère les permis. Depuis avril 2023, un guide est obligatoire pour trekker au Népal.
  • Le sherpa d’expédition (« climbing sherpa ») : un alpiniste professionnel qui équipe la voie et accompagne les clients au-dessus de 6 000 m. Il est souvent, mais pas toujours, d’ethnie sherpa.

Salaires et risques : la réalité du métier

Les revenus varient beaucoup selon le métier. Un porteur de trek gagne en général entre 15 et 30 $ par jour, nourriture et logement compris ou non selon l’agence. Un guide de trek licencié gagne plutôt 30 à 50 $ par jour. Un sherpa d’expédition sur l’Everest touche entre 5 000 et 10 000 $ pour une saison de deux mois, avec des primes au sommet. C’est beaucoup pour le Népal, où le salaire moyen mensuel dépasse rarement 200 à 300 $, mais le prix à payer est lourd.

Environ un tiers des morts sur l’Everest sont des travailleurs népalais. Le 18 avril 2014, une avalanche dans la cascade de glace du Khumbu a tué 16 d’entre eux. Le 25 avril 2015, le séisme a déclenché une avalanche sur le camp de base : au moins 19 morts. Sur les treks, les risques sont plus banals mais réels : froid, chutes, mal des montagnes, et surtout des charges trop lourdes.

Comment reconnaître une agence qui traite bien ses équipes

Vous ne verrez pas les fiches de paie. Mais quelques signes ne trompent pas, et vous pouvez poser les questions avant de réserver :

  • Une charge limitée. Un porteur porte pour deux clients, soit 25 à 30 kg au maximum, sac personnel compris. Vous devez donc limiter votre sac à 12 ou 15 kg par personne. Au-dessus de 5 000 m, la charge doit baisser.
  • Une assurance. Chaque guide et chaque porteur doit être couvert en cas d’accident et d’évacuation par hélicoptère. Demandez si c’est le cas.
  • De l’équipement fourni. Chaussures fermées, veste chaude, lunettes de soleil, gants et bonnet pour les porteurs qui passent un col ou dorment au-dessus de 4 000 m. Un porteur en tongs à 5 000 m est le signe d’une agence qui rogne sur tout.
  • Un toit et des repas. Les porteurs dorment dans les lodges, pas dehors, et mangent trois repas par jour.
  • Des équipes fidèles. Mohan travaille depuis 25 ans avec les mêmes guides et les mêmes familles de porteurs. Quand un guide reste dix ans dans une agence, c’est qu’il y est bien traité.

Le pourboire reste une part importante du revenu. Comptez en général l’équivalent de 10 % du prix du trek, réparti entre le guide et les porteurs, à donner en main propre le dernier soir. Notre guide budget détaille les montants habituels.

Rencontrer les Sherpas en trek

La meilleure façon de comprendre ce peuple est de dormir chez lui. Les lodges du Khumbu sont tenus par des familles sherpas. Le marché du samedi à Namche Bazar, la prière du soir à Tengboche, le musée sherpa de Namche et le village de Khumjung, avec son école fondée par Hillary en 1961, sont les étapes clés. Le trek de Gokyo passe par Thame, village natal de Kami Rita et de plusieurs autres recordmen de l’Everest. Pour voir toutes les régions, consultez notre page des treks au Népal.

Questions fréquentes

Quelle est la définition d’un sherpa ?

Un Sherpa, avec une majuscule, est un membre d’un peuple bouddhiste d’origine tibétaine installé dans le nord-est du Népal. Par extension, un « sherpa » désigne un porteur ou un guide d’altitude dans l’Himalaya, quelle que soit son ethnie.

Combien de fois Kami Rita Sherpa a-t-il gravi l’Everest ?

31 fois, la dernière le 27 mai 2025. C’est le record absolu. Sa première ascension date de 1994. Son village, Thame, a aussi donné Apa Sherpa, 21 sommets.

Combien gagne un sherpa sur l’Everest ?

Entre 5 000 et 10 000 $ pour une saison, primes comprises, selon l’expérience et l’agence. Un porteur de trek gagne 15 à 30 $ par jour, un guide licencié 30 à 50 $ par jour.

Faut-il un sherpa pour faire un trek au Népal ?

Il faut un guide licencié, obligatoire depuis 2023 sur la plupart des itinéraires. Il n’a pas besoin d’être sherpa. Le porteur est facultatif, mais il rend le trek bien plus agréable. Demandez à Mohan comment il compose ses équipes.

About the author
Mohan
Guide de trek népalais, francophone, fondateur de l'agence Franco Nepal Treks à Katmandou. 25 ans d'expérience sur les sentiers de l'Everest, des Annapurnas, du Langtang, du Mustang et du Manaslu.