Le Mera Peak (6 476 m) est le plus haut des deux, mais le moins technique : une longue pente de neige, sans passage vertical. L’Island Peak (6 189 m) est plus bas, mais son sommet exige de remonter un mur de glace sur corde fixe, puis une arête étroite. Pour un premier 6 000, le Mera convient à un bon marcheur ; l’Island Peak demande une initiation à l’alpinisme.
Ces deux sommets sont classés « trekking peaks » par la Nepal Mountaineering Association. Le nom trompe : ce sont de vraies ascensions, avec crampons, piolet et nuit en tente. Elles restent accessibles à des non-alpinistes bien préparés, encadrés par un guide d’ascension. Voici comment choisir.
Le comparatif en un tableau
| Critère | Island Peak (Imja Tse) | Mera Peak | Lobuche East |
|---|---|---|---|
| Altitude | 6 189 m | 6 476 m | 6 119 m |
| Difficulté technique | Mur de glace 40 à 50°, corde fixe, arête finale | Pente de neige régulière, un ressaut court sous le sommet | Pentes de neige et de glace raides, corde fixe sur la partie sommitale |
| Vallée | Imja, au-dessus de Chukhung | Hinku, isolée, à l’est du Khumbu | Khumbu, près de Lobuche |
| Durée totale | 18 à 20 jours avec le camp de base de l’Everest | 16 à 18 jours depuis Lukla | 17 à 19 jours avec le camp de base de l’Everest |
| Jour du sommet | 10 à 12 heures depuis le camp de base | 8 à 10 heures depuis le High Camp (5 800 m) | 8 à 10 heures depuis le High Camp |
| Vue | Face sud du Lhotse, Ama Dablam, Makalu | Cinq 8 000 : Everest, Lhotse, Cho Oyu, Makalu, Kangchenjunga | Everest, Nuptse, Pumori, Ama Dablam |
Island Peak : le sommet technique au cœur du Khumbu
L’Island Peak s’appelle Imja Tse en sherpa. Il se dresse au fond de la vallée d’Imja, comme une île au milieu des glaciers, d’où son nom. Le camp de base est à 5 100 m, à trois heures de Chukhung. Le jour du sommet commence vers 1 heure du matin. On marche d’abord sur des éboulis et des dalles, puis on chausse les crampons au bord du glacier vers 5 700 m.
Le passage clé arrive après le glacier : un mur de glace de 100 à 150 m, incliné de 40 à 50 degrés, équipé de cordes fixes par les guides. On y monte avec un bloqueur (jumar) et l’on redescend en rappel. Au-dessus, une arête de neige étroite mène au sommet. Elle demande un pied sûr et l’absence de vertige.
Son grand atout : il se combine avec le trek du camp de base de l’Everest. On monte au Kala Patthar, on passe par Chukhung, on tente le sommet déjà acclimaté. En 18 à 20 jours, on a fait les deux.
Mera Peak : plus haut, plus simple, plus sauvage
La vallée de Hinku
Le Mera Peak est le plus haut des trekking peaks du Népal. On l’atteint par la vallée de Hinku, à l’est de Lukla, une région presque vide de lodges et de trekkeurs. L’accès demande de passer le col du Zatrwa La (4 610 m) dès les premiers jours, ce qui impose de bien gérer l’acclimatation. Nous préférons contourner ce col par une route plus longue et plus douce, par Paiya et Pangkongma.
L’ascension
Depuis Khare (5 000 m), on monte au camp de base du Mera La puis au High Camp, à environ 5 800 m, perché sur un rocher au-dessus du glacier. Le sommet se fait de nuit, en cordée, sur une pente de neige large et régulière. Le seul passage raide est un ressaut de 30 à 50 m sous le sommet central, équipé d’une corde fixe. La difficulté est ailleurs : l’altitude, le froid (souvent moins 20 °C au départ) et la longueur.
La récompense est unique au Népal : depuis le sommet, on voit cinq des quatorze sommets de plus de 8 000 m. Everest, Lhotse, Cho Oyu, Makalu et Kangchenjunga.
Lobuche East : la troisième option
Le Lobuche East (6 119 m) est le plus proche du sentier de l’Everest. On le grimpe depuis un High Camp à 5 400 m, sur des pentes de neige et de glace plus raides que celles du Mera, avec des cordes fixes sur la partie sommitale. Il est plus technique que le Mera, un peu moins que l’Island Peak, et la vue plonge sur le glacier du Khumbu et l’Everest. Il se combine avec le camp de base de l’Everest ou avec la traversée par Gokyo et le Cho La, qui apporte une acclimatation parfaite avant le sommet.
Permis et coûts
Les trois sommets exigent un permis d’ascension de la Nepal Mountaineering Association (NMA), en plus des permis de trek habituels (parc du Sagarmatha et municipalité du Khumbu, détaillés dans notre guide des permis de trek). Le permis NMA se demande uniquement par une agence népalaise agréée. Son prix dépend de la saison : le printemps est le plus cher, l’automne coûte environ la moitié, l’hiver et la mousson sont au tarif le plus bas. Les tarifs ont été révisés récemment : comptez une fourchette de 175 à 350 $ par personne selon la saison, à confirmer au moment de la réservation. S’ajoute une caution de 500 $ par groupe pour les déchets, remboursée au retour si le camp est laissé propre.
Le reste du budget vient du guide d’ascension, du matériel collectif (cordes, tentes, réchauds), des porteurs jusqu’au camp de base et de la location du matériel personnel. Nous travaillons sur devis pour chaque projet. Le guide du budget d’un trek au Népal donne les ordres de grandeur.
Le matériel
En plus de l’équipement de trek classique, il faut :
- des chaussures d’expédition ou des chaussures d’alpinisme rigides, chaudes jusqu’à moins 25 °C, compatibles avec des crampons automatiques ;
- des crampons, un piolet, un baudrier, un casque, un bloqueur, un descendeur, deux mousquetons à vis et une longe ;
- une doudoune épaisse, des moufles, un sac de couchage confort moins 20 °C ;
- des lunettes de glacier catégorie 4, une lampe frontale avec piles neuves.
Le matériel technique se loue à Katmandou, Namche Bazar ou Chukhung. Nous fournissons cordes, tentes et matériel de sécurité. Apportez vos propres chaussures si possible.
Niveau, acclimatation et saison
Le niveau requis : avoir déjà fait un trek au-dessus de 5 000 m sans problème d’altitude, marcher 8 à 10 heures avec 1 000 m de montée, et pour l’Island Peak, avoir appris à monter sur corde fixe et à redescendre en rappel. Nos guides font une journée d’école de glace au camp de base pour ceux qui découvrent.
L’acclimatation est le facteur numéro un de réussite. Le sommet ne se tente jamais avant le 12e jour. Sur l’Island Peak, on profite des nuits à Dingboche et Chukhung. Sur le Mera, on ajoute deux nuits à Khare. La règle des 300 à 500 m par jour au-dessus de 3 000 m, détaillée dans notre article sur le mal des montagnes, s’applique encore plus strictement.
Les meilleures fenêtres sont octobre-novembre et avril-mai. L’automne offre un ciel stable et de la neige bien tassée. Le printemps est plus doux mais plus nuageux l’après-midi. Décembre reste possible pour les plus résistants au froid. Pour le reste de la région, voyez la page Gokyo et la liste de nos treks au Népal.
Questions fréquentes
Faut-il être alpiniste pour gravir l’Island Peak ?
Non, mais il faut apprendre les gestes : marcher en crampons, monter sur corde fixe avec un bloqueur, descendre en rappel. Une journée de formation au camp de base suffit à un marcheur à l’aise en montagne. Le vertige, en revanche, est un vrai obstacle sur l’arête finale.
Combien de temps pour le Mera Peak ?
16 à 18 jours entre Lukla et Lukla par l’itinéraire doux, avec deux jours de réserve pour la météo au sommet. Ajoutez les vols et 2 jours à Katmandou : comptez 3 semaines au Népal.
Quel est le taux de réussite ?
Il dépend surtout de l’acclimatation et de la météo du jour. Avec des jours de repos et une réserve pour le sommet, la grande majorité des marcheurs préparés atteignent le Mera. L’Island Peak voit plus de demi-tours, souvent au pied du mur de glace.
Peut-on enchaîner le camp de base de l’Everest et un sommet ?
Oui, c’est même la meilleure façon d’arriver acclimaté. L’Island Peak et le Lobuche East se greffent sur le trek de l’Everest, avec ou sans le passage par Gokyo et le Cho La. Le Mera Peak se fait à part, dans la vallée de Hinku.